L'épargne des français est aussi un enjeu de la période...

Publié le par Aulnay Populaire (93)

L'épargne des français est aussi un enjeu de la période...

Les Français malgré de maigres salaires ont fait quelques économies depuis le début de la crise sanitaire. Confinés, c'est une épargne forcée : impossible de partir en vacances, de faire réparer sa voiture, de boire un coup au bistrot du coin avec les copains ou de s’offrir une place de cinéma. 

Les Français qui le peuvent, ils sont rares, ont mis un peu d'argent de côté, inquiets face à une terrible crise sanitaire qui exacerbe une crise économique qui couvait et dont on peu mesurer les premiers dégâts avec le chômage partiel et les suppressions d'emplois annoncées chaque semaine par les grands groupes. 

C'est donc une épargne forcée et une épargne de précaution pour faire face aux conséquences économiques ou sociales de la crise. Ce surcroît d’« épargne Covid » atteint les 90 milliards d’euros. Le total de l'épargne avoisine désormais les 6 000 milliards d’euros. 

De l'argent mis sur des comptes bancaires, très peu rémunéré, qui n'est pas utile immédiatement à chacun mais que les banques et autres institutions financières qui le gèrent, se servent mais pas souvent à bon escient. Il devrait participer à la construction d’une économie plus sociale, plus juste, et plus protectrice du climat et de l'environnement.

Cette masse d'argent suscite aussi bien des convoitises. De la part du pouvoir, qui y voit un outil pour relancer l’économie française et, de la part des entreprises, qui aimeraient que les ménages l'utilisent pour consommer leurs produits ou services ou qui aimeraient en disposer pour nourrir la spéculation financière sensée être plus lucrative que la production. 

Il est reconnu que la baisse de la consommation due à l'austérité salariale, enclenche toujours une spirale négative qui aggrave le chômage. C'est la caractéristique centrale des politiques d'austérité imposées dans notre pays depuis une quarantaine d'années. 

Faut-il alors forcer les Français à consommer leur épargne pour éviter le naufrage de l’économie ? Pas si évident.

L’épargne Covid est principalement allée se loger sur les comptes courants des ménages et leurs livrets d’épargne réglementée. La Caisse des dépôts et consignations, qui collecte une partie des fonds du Livret A et du Livret de développement durable et solidaire (LDDS), a reçu des flux nets mensuels de 3,8 milliards en moyenne entre mars et septembre 2020, contre 1,7 milliard sur la même période en 2019. Côté comptes courants, les Français y ont déposé 9 milliards d’euros par mois depuis le premier confinement, contre 3,2 milliards en moyenne entre janvier 2017 et février 2020, selon la Banque de France.

L’institution note à l’inverse une réduction de la collecte de l’assurance-vie. L’épargne investie dans l’immobilier (l’épargne « non financière » des ménages) a également chuté : 58 milliards d’euros au premier semestre 2020, contre 71 milliards en 2019. 

L’épargne Covid n’a donc pas la même motivation que l’épargne traditionnelle. L’épargne a délaissé l’assurance-vie, au bénéfice de supports permettant de retirer plus facilement son argent. Ce qui était le rôle de la Caisse d'Epargne avant que la non attractivité de son taux rémunérateur conduise nombre d'épargnants à choisir les banques privés et la diversité de leurs produits avec parfois peu de chose de significatif en terme de taux. Mais l'argent était là et pouvant être utilisé par les banques. 

L'épargne Covid est d'abord une épargne de « précaution » alimentée par la crainte perçue par les ménages d’une perte de revenus ou d’emploi. D’où l’évolution observée des modalités d’épargne. Des économistes admettent qu’il serait préférable qu’au moins une partie de cette épargne se mue en consommation.

Autre éléments à prendre en compte, ce sont surtout les personnes aisées qui ont épargné ces derniers mois. « Près de 70 % du surcroît de l’épargne ont été faits par les 20 % des ménages les plus riches », résume le Conseil d’analyse économique 1.

L’organisme qui conseille le Premier ministre ajoute que les ménages appartenant aux deux déciles les plus pauvres de la population ont même utilisé de leur épargne pour affronter la crise. Ils se sont donc appauvris !

Les plus aisés ont un taux d’épargne de l’ordre de 30 % et dépensent habituellement une part plus importante de leurs revenus dans les secteurs contraints cette année par la pandémie (loisirs, hôtellerie et restauration, etc.).

Il est possible d’augmenter la consommation des ménages précaires, mais la solution passe davantage par des mesures qui leur donnent plus de pouvoir d’achat que par des incitations à dépenser un argent dont ils ne disposent pas. En clair, les ménages les plus fragiles peuvent contribuer à la hausse de la consommation à la condition qu'on leur en donne les moyens, cela passe par l'augmentation du SMIC, des minima sociaux, des salaires et des pensions de retraite.

Bien évidemment cela ne conduira pas à un dégonflement de l’épargne liée au Covid.

Restaurer la confiance

Concentrons-nous donc sur le reste de la distribution. Alternative Economique prend appui sur l'économiste Eric Monnet qui dit : « Il existe peu d’exemples de périodes dans l’histoire où l’Etat a cherché à faire diminuer l’épargne, à part lors de la Grande Dépression des années 1930 ». Pour le chercheur, c’est alors le New Deal qui a eu, de manière indirecte en instaurant des programmes de créations d’emplois et une assurance sociale aux Etats-Unis, l’effet le plus notable sur la diminution du stock d’épargne. « Soit on pense, dans un monde libéral, que l’épargne finira par se dépenser d’elle-même. Soit on met en place des politiques volontaristes pour diminuer les risques de chômage et de faillite afin de rassurer la population sur l’avenir », poursuit-il.

C’est-à-dire des politiques visant à restaurer la confiance des ménages, qui a atteint en novembre son plus bas niveau depuis deux ans. Prolonger aussi longtemps que possible les dispositifs de chômage partiel, lancer une vraie politique d’emplois tant dans le public que dans le privé avec une sécurité d'emploi et de formation, assurer par la commande publique des débouchés aux entreprises dans le cadre de la transition énergétique ou pour la reconquête de nos industries, sont autant de solutions pertinentes pour rassurer et favoriser l’épargne en consommation.

Si la classe moyenne a réussi à épargner pendant la crise, le gros du stock accumulé se concentre toutefois chez les très riches, dont les comportements ne sont a priori pas forcément dictés par la peur du chômage. Il faudrait donc aller plus loin les concernant, et notamment la peur du déclassement chez certains et favoriser leur choix de formation pour qu'ils puissent envisager changer d'emploi voire de métier. Il s'agit d'un gain de liberté pour construire sa vie professionnelle et ses évolutions. 

C'est le contraire des réformes d'Emmanuel Macron, puisque l’instauration en 2018 d’un prélèvement forfaitaire unique de 30 % a réduit l’imposition du capital. L'enjeu est d'abaisser ce coût du capital afin d'engager une autre politique sociale. L’Etat pourrait employer les montants ainsi prélevés dans un sens plus favorable à la transition environnementale ou à la mise en oeuvre d'une sécurité d'emploi et de formation.

En effet, pour relancer la consommation, il est nécessaire de relancer la demande tout en favorisant une économie plus écologique, plus verte et plus sobre ? Pour ce faire, si des incitations sont nécessaires, elle ne doivent pas dissuader les ménages qui le peuvent d'examiner une autre utilisation de leur épargne, cela dépend que de leur volonté. Autrement dit, tant que les épargnants actuels ne seront pas rassurés sur leur avenir, ils ne consommeront pas davantage.

Lorsqu’ils seront rassurés à un moment impossible à prévoir, Pour que le surplus de consommation des ménages trouve sur le marché des produits écologiques, il faut agir sur l'appareil productif. L’épargne consommée dans les prochains mois ne deviendra donc pas verte comme par magie, mais elle tendra à le devenir plus ou moins selon les moyens financiers et réglementaires que l’Etat et les régions se donneront pour encourager la conversion à l’agriculture biologique, lutter contre l’obsolescence programmée, aider les ménages à rénover leurs logements, contribuer à produire autrement en économisant des matières premières, des investissements pas toujours utiles ni à la société ni à l'économie et en favorisant l'économie circulaire.

L'épargne populaire pourrait être aussi utilisée pour la création de fonds publics régionaux visant le financement de projets créateurs d'emplois, d'activités utiles et écologiques. S'agissant de l'argent des français, il sera incontournable que de nouveaux pouvoirs existent leur permettant de décider et de contrôler de l'utilisation de leur argent. La création de commission départementale ou régionale pour recenser les besoins, élaborer des réponses, suivre les financements avec leur participation, celles des élus-es, des banques et des institutions, répondrait à cette exigence démocratique.

Il est possible que la bulle d’épargne Covid soit en partie réintroduite dans le circuit économique, si tant est que soient mises en place des réponses adaptées à la situation de chaque catégorie de ménages. Pour la part qui restera malgré tout sur les comptes, la solution est plus à chercher du côté des acteurs financiers qui assurent la collecte de l’épargne que dans les comportements des ménages.

 

Voir aussi Alternative Economique

 

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