L’État poursuit le tronçonnage de l’Office national des forêts

Publié le par Aulnay Populaire (93)

L’État poursuit le tronçonnage de l’Office national des forêts

Les effectifs de l’établissement public, endetté, vont encore baisser en 2021. De son côté, le gouvernement investit des millions dans la plantation massive d’arbres, au risque d’oublier que les forêts ont besoin de forestiers.

« Je veux exprimer mon plein soutien à l’Office national des forêts, dans lequel je crois profondément. » La phrase est signée Julien Denormandie, ministre de l’Agriculture, sur France Inter. Ce 22 décembre, il en profitait pour lancer officiellement le volet forestier du plan de relance. 200 millions d’euros, consacrés à l’adaptation des forêts françaises au réchauffement climatique. Un sujet ô combien brûlant.

Tout le monde s’accorde sur le constat : les massifs forestiers sont ravagés par la sécheresse et la prolifération d’insectes ravageurs, scolytes en tête. Mais sur le terrain, la réponse apportée par l’exécutif ne convainc pas. « Il n’y a même pas de quoi replanter les forêts publiques mortes en 2018 et 2019 », calcule Philippe Canal, agent de l’ONF et secrétaire général du Snupfen Solidaires. Ce patrimoine public ne représente au demeurant qu’un quart de la forêt française.

Surtout, le personnel de l’ONF se demande où l’exécutif trouve soudainement tout cet argent. Eux alertent depuis des années sur la lente agonie de leur service public. Et si Julien Denormandie promet qu’une « immense partie (des 200 millions d’euros pour la forêt) va revenir à l’ONF », la réalité est toute autre.

Il y aura bien, dans les 150 millions d’euros dédiés au renouvellement forestier, 30 millions pour les forêts domaniales gérées par l’Office. Mais, comme le rappelle Philippe Canal, « replanter des arbres n’est qu’une petite partie de la solution » face au changement climatique. « On a besoin de monde sur le terrain pour effectuer un suivi des plantations, regarder sur le temps long comment l’écosystème réagit et invente ses propres solutions. Ce travail-là est impossible à mener, les moyens humains sont réduits en permanence. »

En 20 ans, les effectifs de l’ONF ont été amputés de 40 %. À la fin des années quatre-vingt-dix, l’établissement public comptait 15 000 salariés. Ils n’étaient plus que 8 551 équivalents temps plein en 2019. 

Et la tendance n’est pas près de s’inverser. Dans son budget pour 2021, l’ONF prévoit de supprimer encore 95 emplois. Une baisse sanctuarisée dans le projet de loi de finances pour 2021, malgré l’opposition d’une alliance hétéroclite de députés. 

Anne-Laure Cattelot, l’élue LaREM à l’origine de l’amendement et autrice d’un rapport sur la forêt commandé par le gouvernement, était parvenue en première lecture à faire sauter la mesure, grâce aux voix de l’opposition. Avant que l’exécutif ne décide de forcer le passage dans la dernière version du texte. « Un scandale démocratique », selon la députée LFI Mathilde Panot.

Le vote du budget, lors du conseil d’administration du 16 décembre 2020, est révélateur des désaccords stratégiques entre la tête et le corps de l’ONF. Selon un document de communication interne transmis par la direction, le budget 2021 a été adopté par les administrateurs.Les représentants des organisations syndicales ont voté contre. Insuffisant pour inverser le rapport de force. Résultat, le plafond d’endettement autorisé pour l’établissement public est relevé à 550 millions d’euros. Et l’ONF va encore accélérer le recours aux salariés de droit privé, bien aidé par la loi d’accélération et de simplification de l’action publique promulguée début décembre.

« Cela fait des années que la situation est connue. L’État ne fait rien, les baisses d’effectifs et le recours au privé n’ont jamais réglé le problème », alerte Philippe Canal. 

Mais les agents de l’ONF ne baissent pas la hache. Dans la nuit du 17 au 18 décembre, une dizaine de syndicalistes ont occupé le siège de la direction régionale de l’ONF à Nancy, pour organiser le débat sur les forêts que l’État leur refuse. Ils étaient accompagnés de militants de Canopée – Forêts Vivantes, dont Sylvain Angerand, le coordinateur de l’ONG. « On nous avait promis un débat public sur l’avenir de nos forêts, lors de la remise du rapport d’Anne-Laure Cattelot. Il n’a jamais eu lieu, alors on l’organise nous-même. Le plan de relance a été négocié dans l’opacité la plus totale », affirme l’ingénieur forestier. 

La direction de l’ONF n’a pas souhaité réagir à cette action. Un mutisme qui pourrait bien devenir la norme, lorsque l’établissement public aura définitivement disparu.

Article publié dans l'Humanité par Lucas Martin-Brodzicki

Publié dans Prévention Santé

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