Disparition. Maradona, la légende du gamin en or

Publié le par Aulnay Populaire (93)

Disparition. Maradona, la légende du gamin en or
Mythe du football mondial, l’Argentin est mort mercredi. C’est l’un des joueurs les plus charismatiques et les plus controversés de l’histoire qui nous quitte.
Diego, Dieguito, Armando Maradona n’est plus. Cette fois, celui qui frôla si souvent le fatal par ses excès mais tutoya plus que d’autres le sublime a rejoint la main tendue de Dieu. Né le 30 octobre 1960 à l’hôpital Eva Peron de Lanus, d’une famille de modestes paysans, Diego Maradona est à l’image de son pays : multiculturel. Des origines amérindiennes, italiennes, espagnoles et même croates, selon certains, coulent dans son sang. Un résumé à lui tout seul d’une Argentine où le talent n’a pas de frontières et où surtout le football n’est pas seulement roi, mais d’abord et avant tout religion christique, païenne et bruyante. Une religion qu’il va pratiquer jusqu’à l’excès durant toute sa carrière.

Des bidonvilles de Villa Fiorito au sud de la capitale Bueno Aires jusqu’à cette coupe du monde brandie en 1986, El Pibe de Oro, « le Gamin en or », aura vécu son football sans retenue, avec malice, ingéniosité, et surtout la conviction inébranlable qu’il était l’élu. Élu de Dieu pour une main de Dieu.

Car il est l’homme de la Coupe du monde, l’homme d’une Coupe du monde, celle de 1986, où son talent, déjà connu, explosa par toutes ses facettes aux yeux du monde. Comment ne pas se souvenir de ce 22 juin, de ce quart de final contre l’Angleterre. Comment oublier ces deux instants faits de magie et de sorcellerie. Magie, quand, parti un peu avant le milieu de terrain, il crocheta, accéléra, désarçonna les grands costauds britanniques pour marquer face au portier Peter Shilton. De sorcellerie aussi quand, face à ce même portier, il lui disputa, mine de rien, le ballon de la main : « La main de Dieu ». Offense que jamais le gardien de sa gracieuse Majesté ne voulut jamais lui pardonner. Qu’importe, Maradona venait de venger symboliquement et avec roublardise l’affront fait à son pays lors de la guerre des Malouines. Dès lors, la route lui était ouverte pour arracher ce titre qu’il avait tant de fois soulevé dans ses rêves de gamin.

À 12 ans, à une télévision qui, par l’odeur alléchée du prodige et de la bête de foire, était venue l’interroger, il répondit sans équivoque et pour mettre fin à ce cirque : « J’ai deux rêves, disputer une Coupe du monde, et la remporter avec l’Argentine. » Car Diego Maradona aurait très bien pu devenir cet amuseur, un magique manieur de ballon, comme on en voit tant aujourd’hui sur la Toile. Son destin était ailleurs, sur un rectangle vert avec partenaires et adversaires.

C’est en Catalogne et à Naples qu’il découvre d’autres plaisirs

C’est à 10 ans que, poussé par cette passion, il tente, avec un copain de ruelle, sa chance aux journées de détection du club local d’Argentinos Juniors. Vite remarqué par un recruteur, il intègre l’équipe des Cebollitas (« les petits oignons »), ni plus ni moins que l’équipe junior du club. Tout va très vite, tout comme ses accélérations. Pour ses seize ans, il fait ses débuts professionnels avec l’équipe d’Argentinos Juniors et devient le leader de l’équipe. Le 27 février 1977, alors qu’il n’a même pas 17 ans, il intègre la sélection nationale. La Coupe du monde de 1978, jouée dans son pays, lui semble promise, mais César Luis Menotti, le sélectionneur, ne le retient pas, « trop jeune ». Qu’importe, en 1981, l’équipe de Boca Juniors dépense une fortune pour enlever le prodige aux Argentinos. Il n’y jouera que deux saisons, avant que le FC Barcelone ne l’enlève pour 7,3 millions de dollars.

C’est en Catalogne qu’entre arrêt pour blessures et mésentente avec son entraîneur il découvre d’autres plaisirs, ceux de la vie nocturne. Plaisirs qui le poursuivront où qu’il aille. Boites de nuit, cocaïne et bientôt fréquentations douteuses lors de son passage au Napoli mèneront cette pépite en or vers un début de purgatoire. Et alors ? Ce mercredi, le peuple football pleure un génie du ballon, un homme qui sut dire non aux institutions de son sport, mais oui à ses convictions, aussi diverses fussent-elles. Et, du purgatoire, c’est au paradis des grands talents du ballon rond qu’il retrouvera Johan Cruyff, Garrincha et quelques autres.

 

L'humanité

Publié dans Culture Populaire

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