Un toit d’abord, la résidence de la deuxième chance

Publié le par Aulnay Populaire (93)

Difficultés administratives, coups de déprime... Florian, éducateur chargé de vie résidentielle du foyer Émile-Level, est à l’écoute. © Nicolas Cleuet/Hans Lucas

Difficultés administratives, coups de déprime... Florian, éducateur chargé de vie résidentielle du foyer Émile-Level, est à l’écoute. © Nicolas Cleuet/Hans Lucas

Le foyer Émile-Level à Paris, propriété d’un bailleur social, offre à des jeunes en insertion un logement à un prix abordable et un accompagnement pour les aider à construire leur avenir.

 

Un sourire enjôleur, des yeux qui pétillent et un débit de mitraillette. Rien ne semble arrêter l’énergie et l’enthousiasme de Sawssane. À 22 ans, elle vient de décrocher son premier CDI dans une compagnie de leasing de voitures (location avec option d’achat). « Je ne pouvais pas rêver mieux », résume la jeune fille, qui a quitté sa famille et commencé à travailler en alternance à 16 ans. Cette nouvelle étape, elle la doit à sa combativité, mais aussi à la stabilité qu’elle a trouvée au foyer de jeunes travailleurs (FJT) Émile-Level, dans le 17e arrondissement de Paris, où elle habite depuis deux ans. « J’ai eu de la chance d’être ici. Quand je suis arrivée là, c’était un soulagement, se souvient-elle. Je n’avais plus d’appartement depuis six mois, j’avais été chez ma sœur et j’avais peur de me retrouver à la rue. C’est bien ici, je me sens chez moi. Et puis être logée à Paris pour moins de 600 euros, tout près de mon travail, c’est un luxe. »

Un hébergement temporaire

Comme la plupart des résidences sociales, le FJT est un HLM. C’est la RIVP, un bailleur social de la ville, qui l’a construit et en est le propriétaire. Cinquante-quatre jeunes y vivent avec des loyers aux tarifs du logement social. Dans les studios individuels de l’immeuble neuf érigé sur le terrain d’un ensemble insalubre récupéré par la municipalité, se rencontrent des profils très variés : étrangers arrivés comme mineurs non accompagnés, anciens de l’aide sociale à l’enfance (ASE), mais aussi des policiers venus de province pour leur première affectation et qui ne peuvent se loger dans le privé, des réfugiés, des mères célibataires. Ou encore, donc, des apprentis, en formation, en stage ou en intérim. Ce logement leur permet de faire leurs premiers pas dans une vie professionnelle qui commence toujours par la précarité. « Les critères pour entrer ici, c’est d’avoir entre 18 et 25 ans, d’être autonome, d’avoir un projet d’insertion, d’adhérer à la philosophie du lieu qui est celle d’un collectif, et d’avoir besoin d’accompagnement », explique Thierry de Monterno, chef de secteur chez Hénéo, la filiale « hébergement temporaire » de la RIVP qui gère le foyer. Les candidats sont envoyés par la mairie, la préfecture ou Action logement, l’ex-1 % logement.

Bien plus qu'un logement

Mais Émile-Level offre plus qu’un appartement. En fin d’après-midi, les résidents défilent dans le petit bureau en verre qui jouxte la salle commune. Ils vont voir Florian Verduran, le chargé de vie résidentielle. Éducateur spécialisé, il les aide dans leurs démarches administratives. Débloquer des APL, aider à trouver un emploi, et s’inscrire sur les listes HLM, les tâches sont multiples. Il veille aussi à la cohésion du groupe, en organisant des activités communes. À l’écoute, il sait aussi remettre en selle ceux qui s’isolent ou dépriment quand les obstacles s’accumulent. Cet accompagnement fait la différence. « Au début de la crise, mon alternance dans une agence de communication digitale a pris fin, parce qu’ils ont préféré prendre un stagiaire qu’ils payaient moins cher. Je n’allais pas bien. Heureusement que Florian était là », se souvient Sawssane.

La crise sanitaire a plongé certains résidents dans le creux de la vague. « À cause du Covid, je suis au chômage. Et quand je ne travaille pas, ça ne va pas. Je me pose beaucoup de questions », explique Mody Traoré. Jusqu’au mois de mars 2020, il déchargeait les containers à l’aéroport. Avec un salaire proche de 1 500 euros par mois, il pouvait même envoyer un peu d’argent à sa mère. Depuis, malgré la prolongation de son chômage, il fait partie des quatre locataires en intérim qui ont perdu leur emploi et peinent à régler leurs loyers. Il cherche dans le bâtiment, a entamé une formation de maçon coffreur, mais ne parvient pas à cacher son abattement. Le front plissé, le regard un peu fuyant, il relate l’odyssée qui l’a mené seul, alors qu’il n’avait que 15 ans, de son village natal dans l’ouest du Mali à la France, où il est resté cinq mois à la rue. À 21 ans, il essaye de s’appuyer sur ses expériences passées. « Je n’ai pas fait grand-chose, dit-il avec un faible sourire, mais quand même je suis fier parce que j’ai fait tout ce trajet tout seul. »

« Des parcours longs, de 3 ou 4 ans »

Ibrahim Merzagué, lui, a profité à plein de l’accompagnement du FJT pour rebondir. Vêtu de noir de la tête aux pieds, son sac à dos Deliveroo bleu fluo à ses pieds, il reçoit dans sa grande chambre bien rangée, aux étagères ornées de bouteilles d’eau de toilette et de boîtes de chaussures. Ses mains bougent sans arrêt. Il est volubile. « Avant, je dormais, je mangeais, c’est tout. J’ai mis du temps à comprendre qu’il me fallait avoir un objectif, être motivé et avoir du courage pour réussir », explique-t-il. Depuis deux mois, il s’est ressaisi. Avec Florian, il a débloqué ses problèmes administratifs. « On a de la chance d’être bien suivi par des professionnels ici », explique-t-il. Il s’est aussi mis au sport et ça l’a remotivé. Aujourd’hui, il va à cent à l’heure. En plus de son travail de livreur, il se lève tous les jours à 6 heures du matin pour aller suivre une formation d’équipier polyvalent chez Lidl, avec la perspective d’un CDI à la clé. Arrivé d’Algérie à 15 ans, il a d’abord été placé dans une famille d’accueil par l’ASE, avant d’être mis à l’hôtel, puis dans un studio, pour finalement se retrouver à la rue à 21 ans. Après un passage en hébergement d’urgence, il a décroché un contrat pro et a été orienté au FJT. Quand il repense à son parcours, il se dit que sa mère a bien fait de l’envoyer en France. « Maintenant, je travaille et j’ai des rêves, dit-il en souriant. C’est un boulot, une maison, une femme et des enfants. Après, je serai heureux. »

Le FJT doit être un sas. Au bout de deux ans, les jeunes, déjà mieux insérés dans le monde du travail, doivent trouver un autre point de chute. La rotation est nécessaire pour faire bénéficier d’autres jeunes du dispositif. Dans les structures de logement accompagné à Paris, il y a en moyenne une place pour dix demandes. « Si derrière nous n’avons pas accès au logement social, on grippe tout le système », résume Laurent Vuidel, président d’Hénéo. Trouver un point de chute pour la suite concentre donc une bonne part du travail des accompagnants. Mais en région parisienne, où le logement est rare et cher, et où les jeunes restent en emploi précaire des années, beaucoup vont d’abord aller dans une autre résidence. « Ce sont des parcours longs, trois ou quatre ans en moyenne », souligne Thierry de Monterno. Sawssane, qui a changé de lieu tous les deux ans depuis ses 16 ans, rêve de s’installer chez elle. « La suite, c’est de trouver un logement, idéalement pérenne. Un HLM, ça serait le rêve. Tellement un rêve que je n’ose pas y croire. »

 

 

#hlm#logement  - L'Humanité

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