Comment Sanofi a décidé d'externaliser six de ses usines

Publié le par Aulnay Populaire (93)

Comment Sanofi a décidé d'externaliser six de ses usines

Non content de malmener sa recherche, Sanofi filialise aussi sa production. Une nouvelle société, Euroapi, devrait hériter de six sites.

La direction du Big Pharma français avait promis une « mise sur orbite ». La semaine dernière, les dirigeants de Sanofi ont précisé le visage de leur projet Pluton, annoncé en février 2020, avec la création de la toute nouvelle entreprise Euroapi, qu’ils considèrent déjà comme un futur  « leader européen des principes actifs pharmaceutiques ». Pour ce faire, point de grands investissements, ni d’usines sorties de terre : le nouveau-né de la production héritera de six sites de Sanofi en Europe, dont ceux de Saint-Aubin-lès-Elbeuf (Seine-Maritime) et de Vertolaye (Puy-de-Dôme). Sanofi, s’il compte d’abord exploiter la nouvelle société en filiale, a d’ores et déjà annoncé qu’il se désengagera jusqu’à obtenir une « participation minoritaire d’environ 30 % » d’ici à 2022.

Pour les syndicats du champion du CAC  40, le sens de cette manœuvre ne fait aucun doute. « Derrière le soi-disant projet de créer un géant européen du médicament, l’intention de Sanofi est de se désengager. On voit bien que c’est une volonté financière », dénonce Thierry Bodin, coordinateur CGT du groupe. Et pour cause, les deux sites tricolores de production chimique promis à l’externalisation ne produiraient pas de molécules assez rentables aux yeux des actionnaires, en comparaison de la « production cellulaire, d’anticorps ou même de vaccin », continue le syndicaliste.

La souveraineté pharmaceutique française risque d’être mise à mal

Bientôt lâchés par leur maison mère, les salariés du futur Euroapi ont plus que jamais du souci à se faire, des réductions d’effectifs à terme n’étant pas exclues. Mais c’est véritablement la pérennité industrielle de cette nouvelle entité qui agglomère toutes les inquiétudes. « Quelles sont les garanties sur son avenir au-delà de cinq ans ? Prenons l’exemple de Porcheville, vendu à Covance avec une garantie exclusive de sous-traitance de cinq années. Le site a été fermé le jour précis de l’expiration du contrat ! » s’alarme le syndicat SUD chimie dans un communiqué, en référence au laboratoire des Yvelines, clos en 2016. Thierry Bodin abonde : « C’est la première fois que des sites de production sont externalisés, mais nous l’avons vu avec des établissements de formulation pharmaceutique, une fois cédés, ils sont fragilisés. »

Un jeu de roulette russe qui risquerait de mettre à mal la capacité de production de Sanofi à long terme, mais aussi la souveraineté pharmaceutique française, dénoncent les syndicats. « Si un de ces sites venait à disparaître, ce serait une catastrophe », conclut le coordinateur CGT.

 

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